Posté le 09.06.2007 par willmckenzie
J'ai grandi dans une famille où l'argent n'était pas important. Cela ne veut pas dire que nous étions riches. Je me suis occupé de mon frère autiste, et mes parents m'ont donné les cadeaux pour m'en remercier. Je n'ai jamais été payé par mes parents. Je n'ai jamais reçu l'argent de poche, par exemple. Mon frère et ses problèmes nous a mis dans une situation économique différente, voire unique. Grâce à cette situation je n'ai jamais eu l'impression d'avoir vraiment compris l'argent, son importance primaire, sa centralité. J'ai grandi à mon insu avec l'idée primaire que j'aidais celui qui en avait besoin et la grande autorité que représentaient mes parents m'aurait remercié. L'idée que la seule motivation qui compte soit celle du marché me semble moins injuste qu'abstraite. Je comprends un désir fiscal 'défensif' selon lequel on gagne l'argent dont on a besoin pour s'abriter et pour se nourrir moins que je ne comprends ce désir offensif et compétitif qui encourage des gens à acheter des commodités supérieures aux celles d'autour. Je crois que maintenant ces deux désirs se sont réconciliés, et que la force du désir de se défendre contre la pauvrété et le deséspoir, une force fondée sur la peur plutôt que l'ambition, se retrouve dans cette énergie redoutable de consommation.
Posté le 09.06.2007 par willmckenzie
On est allé hier à Bethnal Green dans l'est de Londres afin de voir un film ('london trip-tych') tourné et réalisé par mon ami Luke. La séance avait lieu dans un bar très bobo et branché.
Les bobos branchés, et les bars qu'ils fréquentent, se ressemblent beaucoup d'un pays à l'autre, comme ma copine a observé. Mais l'ambience était bonne et amicale. Le film lui-même était très poétique: il commença avec les grands plans de la Tamise, sur lequel la voix d'une femme racontait les lignes d'un poème.
'London trip-tych' m'a rappellé les balades solitaires londiniennes de mon enfance. C'est un film du flâneur, très baudelarien. Pendant une épisode particulièrement touchante, la caméra circulait autour d'un pilier d'un pont d'autoroute, très abîmé, sur lequel des images très exagerées et caricaturées avaient été griffées. Cet épisode m'a émue parce que ces images des êtres humains mal formés et sans visage sauf des petits yeux noirs, resemblaient fort aux sculptures créées des victimes de l'hôpital Salpetrière à Paris. Les fantômes passent donc d'une cité à l'autre.
Posté le 08.06.2007 par willmckenzie
J'ai accompagné ma copine hier au travail. Prof de français, elle enseigne aux salariés des grandes sociétés.
En arrivant au siège-social d'une telle société multinationale, ma copine est monté quelques étages pour donner son cours. En l'attendant en bas, j'ai examiné le batiment dans lequel je me suis trouvé et observé les gens qui passaient. Je me suis assis dans un des fauteuils en cuir très luxueux et confortables. Je me suis senti un brin mal à l'aise dans mon jean et ma chemise. J'ai feuilleté des magazines et des journaux que l'on avait laissé pour les invités, dont un qui avait été créé par la société elle-même. Ce magazine, dont le sujet était 'la croissance économique', a elaboré quelques notions que j'ai trouvé raissonable par rapport à son objectif. Les doutes que j'en avais en revanche était fondés sur l'objectif lui-même. La 'croissance' telle quelle ne bénéficie pas forcement tout le monde. La richesse créée est souvent investie dans la privée. Donc la notion même de la 'croissance', avec ses sous-entendus exclusivement positifs, ne précise surtout pas la distribution inégale de son bonté. La croissance ne vise que l'avenir et l'au-delà. Elle ne regarde ni derrière elle ni en-dessous d'elle.
Un tel manque de doute se voit dans le comportement des gens qui travaille pour cette grande boîte. Ils se caractérisent visiblement d'une voix haute et claire et des vêtements bien taillés et vivement colorés. Mais l'essentiel me semble une absence totale de doute. Le plus révélateur n'est pas ce qu'ils disent, c'est la timidité qu'ils n'ont jamais eu. Cette caractéristique qui définit bien cette tribu n'est pas innée, elle s'apprend. La plupart des embauchés ont été élevés d'une manière très distinctive et très éloignée de quartiers pauvres. Cette distance constitue, je pense, la leçon la plus importante de leur enseignement, parce qu'elle donne à ceux qu'y béneficie la confiance nécessaire de croire en la bonté totale de la croissance.
Selon la théorie psychanalytique des 'objets', les rapports les plus importants d'un enfant sont ceux crées au début de la vie. Ceux qui surviennent ensuite sont forcement plus faibles. Il est donc possible que la rhétorique qui rapprochent les faibles et les pauvres pour être faibles et pauvres, aussi bien que la politique fondé et nourrie par cette rhétorique, sont fondées sur un écart entre une idée normative de l'humanité, comme celle bien établi pendant les enfances tranquilles de la plupart des riches et puissants, et une horreur des pauvres rencontrés plus tard dans la vie, souvent après l'école. Selon la théorie des 'objets', l'age de cinq ans et déjà très tard. Un anglais riche peut facilement se trouver d'une ville bourgeois à l'autre - Windsor-Oxford-Kensington - sans jamais rencontrer avec des pauvres, jusqu'à la vie adulte. Les changements récents au marché immoblier vont forcement perpétuer cette géographie économique ségrégationniste.
Vu qu'il y a un tel manque de contact avec les pauvres pendant les enfances cloîtrées de ces soldats de l'entreprise libre, ce n'est pas étonnant que ceux-ci ignorent ceux qui subissent un écart de pauvreté rélative de plus en plus large, qu'ils ignorent ceux qui perdent et continuent à perdre. C'est pas étonnant qu'ils semblent en ignorer l'existence, et que les pauvres sont donc comme les fantômes. Pour les psychanalystes les personnes avec qui l'on fait les rencontres à six ans sont déjà les fantômes.
Posté le 06.06.2007 par willmckenzie
Facebook.com a été conçu pour communiquer des informations personelles parmi un réseau d'ami(e)s. On peut mettre facilement des photos en ligne, et fonder les groupes avec les autres Internautes qui partagent les mêmes interêts.
Facebook est un bel exemple d'un nouveau genre de communauté virtuelle. Ces communautés attirent les grandes émotions. 'Facebook' par exemple est devenu très populaire presque immédiatement, jusqu'au point que l'on le cite désormais dans les journaux nationaux. Les messages et les photos mis en ligne révèlent une réponse globale très enthousiaste. Je m'inquiète toutefois car ces communautés, me semble t-il, commence à contrôler et manipuler une plus grande partie de nos émotions que ceux qui existent hors écran. L'espace virtuel a profondement changé, même remplacé les systèmes sociaux d'autrefois. En rentrant à Londres, j'ai très vite remarqué qu'il y avait un grand changement aux moeurs concernant l'espace personel. Autrefois ceux-ci avaient été très bien respectés, mais de nos jours on se bouscule beaucoup plus souvent et plus fort dans les rues. On se sent tous de plus en plus agressés tous les jours. La passion chez les communautés virtuelles et l'aggression chez les communautés sociales: est-ce ce c'est simple coincidence?
Les problèmes du genre 'Crackberry' sont très parlant à cet égard. On a marqué une vraie agressivité chez les utilisateurs des appareils 'Blackberry' après avoir été privés de leurs machines. Statisiquement, des disputes conjugales peuvent être très facilement initié par le désir d'aller sur Internet. Les travailleurs trouvent que c'est de plus en plus difficile de vraiment s'échapper de son ordinateur pendant les vacances. Certains gens ont cherché l'aide pour qu'ils puissent s'arrêter de lire leur mails obsessivement.
Pourquoi un tel investisement affectif, emotionel, passioné?
Il ne faut jamais sous-estimer la force du 'moi-idéal' qui selon les psychanalystes domine nos fantasies. Ce 'moi-idéal' peut très facilement trouver domicile et expression dans ces communautés. On peut projecter publiquement un 'persona' - un masque parfait. On note ici que les photos presentées sur les profiles des bloggeurs 'Facebook' sont souvent bien, même amoureusement soignées.
'Nous dormons veillant, nous veillons dormant' - dans un monde où nous travaillons et nous nous amusons également devant un écran, la 'vraie vie' est-elle devenue rêve? Est-ce que l'on devient somnambuliste hypnotisé quand on se lève?
Posté le 05.06.2007 par willmckenzie
Le comité londinien des JO a dévoilé hier son logo pour 2012. Celui-ci a été critiqué unanimement par des experts en publicité, en marketing, aussi bien par le grand public. Pendant toute la journée, on a mis des parodies très drôles, des insultes et des jeux sur Internet.
Je suis d'accord, le logo n'est ni beau ni efficace. Je cite cet exemple pour montrer à quel point Internet peut être consideré comme zone de communication publique et donc politique. La journée était même libératrice, voire excitante - les protestes ont montré à quel point le grand public est de nos jours capable de mobiliser de manière solidaire contre un organisme autoritaire. Le côté créatif et satyrique était spécialement agréable à regarder. Un petit logo était révelateur des plus grandes frustrations publiques anglaises.
Cependant - et je suis conscient de l'ironie de parler de ce sujet sur un blog - je crois que, malgré les petits moments comme celui d'hier, la rhétorique de la liberté que l'on associe à Internet, la liberté politique ou la liberté tout court, est exagérée. Cette idée est utilisée le plus souvent afin de justifier la liberté du marché plutôt que la liberté des êtres humains.
Ce problème vient du fait qu'Internet est dominé par des interêts privées, et non par un gouvernement élu. En effet certaines communications très largement diffusées, comme celles de Microsoft, font semblant d'être neutres alors qu'elles sont fondées sur une base idéologique très étroite et bien definie. Chaque jour, avant de lire mes emails sur Yahoo, je suis obligé de lire quelques reportages, potins que je n'ai pas désirer reçevoir. Je suis obligé de lire les gros-titres sur Paris Hilton pour éviter perdre mon temps à changer de boîte à lettres pour un autre service qui, lui aussi, sera dépendant de la publicité et des objectifs commerciaux pour survivre.
La neutralité libératrice d'Internet est donc un mythe qui contribue à une certaine force de gravité qui nous tire, presque inconsciemment, vers une autre idée de liberté, qui, étant donné qu'elle n'est pas sous nôtre contrôle, n'est pas la liberté. Les descriptions cauchemardesques de la sauvegarde des informations personnelles des Internautes chez Google se conforment à cette notion.
Posté le 04.06.2007 par willmckenzie
Le blog est sans doute devenu très populaire. Comme genre littéraire, le blog est un mélange bizarre. D'un côté, il est comme une boîte de pensées privées. De l'autre côté, il est une projection d'identité publique, peut-être virtuelle. C'est pourquoi que je pense que le blog est la version moderne de l'essai montaignien. Dés le début, Montaigne dit que son livre ne propose 'aucune fin que domestique et privée'. Mais en même temps, il dit souvent qu'il est 'affamé de me faire connaître'.
Il y a une autre question Montaignenne qui m'intéresse ici: 'pour qui, donc écrivez vous?' Le blog, est-il une manière de réfléchir sur ses problèmes de manière introspective? Ou est-il en revanche une façon de s'exprimer vers l'autrui? Pourquoi ai-je choisi, par exemple, de m'exprimer ici, où tout le monde peut potentiellement me lire, au lieu de choisir un journal en papier? Si l'essai montaignien c'est une réprise de la lettre ouverte cicéronienne, le blog, c'est une lettre dont on ne connaît pas le récepteur ou la destination. On est tous de nos jours les Michels, affamés de se faire connaître.
C'est pour ça que que pense qu'il y a autant de haine sur les discussions virtuelles sur Web. Mais je vais parler de tout cela dans un autre billet.
Posté le 04.06.2007 par willmckenzie
Il me semble que les images de la tectonique sont éfficaces pour décrire la vie adulte. Par rapport à l'enfance, au moins une enfance plus ou moins conventionnelle et heureuse, tout est incertain. Pendant l'enfance, la maison est sûre, les parents sont comme les dieux omniscients. En tant qu'adulte, on se rend compte toutefois que la maison est dépendant des remboursements d'un prêt immoblier, que les parents ne sont que les adultes comme nous, vulnérables aux fluctuations économiques et politiques, vulnérables aux peurs. Ils se débrouillent donc comme nous tous. Je crois que l'identité d'adulte - en tant qu'adulte - dépend de ce genre d'observation. Et ces observations peuvent arriver à n'importe quel âge. C'est pourquoi, peut-être, que dit Houllebecq que jamais personne ne sent vraiment adulte. Il y a des gens de quarante ans qui ne sont pas encores adultes, c'est sûr.
Posté le 26.03.2007 par willmckenzie
Je suis anglais. Je fais une thèse sur Shakespeare et son rapport avec Montaigne. Un blog, c'est une superbe manière de ne rien faire pendant un petit moment. Vive la procrastination.